Jul

09

2014

Arrêtons maintenant l’engrenage mortel de la vengeance au Proche-Orient Par les Rabbins François Garaï, Mendel Pevzner et Izhak Dayan

Alors qu’Israël et le Hamas sont à couteaux tirés, que la région semble sur le point de s’embraser, trois rabbins, François Garaï,  Mendel Pevzner et Izhak Dayan, disent leur indignation d’apprendre que Mohamed Abou Khder a été tué par des Israéliens. Une indignation égale à celle de la mort des trois jeunes Israéliens la semaine précédente. «Un meurtre est un meurtre, quels que soient la nationalité et l’âge», écrivent-ils dans cette bouleversante tribune. Tandis que le climat est à la haine et à la rancune, ils plaident pour l’ouverture, l’échange, l’amour de l’autre

C’est avec un grand désarroi que nous apprenons l’implication de jeunes israéliens dans l’horrible assassinat du jeune Palestinien, Mohamed Abou Khder.

Si tout ceci s’avère exact, et malheureusement il semble qu’il en soit ainsi, cela nous révolte et nous abat. Alors les termes par lesquels le premier ministre Benjamin Netanyahou avait qualifié les assassins des trois jeunes Israéliens, ces mêmes termes s’appliqueraient aux jeunes Israéliens qui ont enlevé la vie à Abou Khder. Benjamin Netanyahou avait notamment dit que Naftali Frankel, Eyal Yifrach et Gilad Shaer avaient été tués de sang-froid par des bêtes humaines. Mais les bêtes ne tuent pas de sang-froid, ni par pure vengeance, ni par haine, elles défendent leur territoire ou luttent pour leur survie. La cruauté est du côté humain, bien plus que du côté animal.

 

Engrenage mortel

Comment échapper à cet engrenage quand nous savons que lorsque des Israéliens sont tués ou meurent, des réjouissances sont organisées dans certains pays et que des friandises sont distribuées aux enfants? Cette éducation de la haine et du rejet fait perdre la raison à tous. La haine des premiers semble justifier l’immobilisme des seconds et, en retour, l’immobilisme des seconds semble justifier la haine des premiers. Ce nœud gordien se desserrera-t-il un jour?

Peut-être en agissant comme la famille de Naftali Frankel le fit. Apprenant le crime horrible et méprisable qui avait été perpétré contre leur fils, ils appelèrent les parents d’Abou Khder pour leur dire tout leur effroi devant ce qui venait de se passer et d’ajouter qu’il n’y a pas de différence entre les sangs versés. Un meurtre est un meurtre, quels que soient la nationalité et l’âge.

Il faut condamner avec fermeté ces actes barbares qui ne se limitent pas au conflit israélo-palestinien. Ils gangrènent notre monde sur tous les continents. Partout ou presque, nous sommes témoins de la montée de la haine et du rejet. Et certaines initiatives politiques ne font qu’attiser le feu que d’autres ont allumé.

Et la religion se trouve prise au piège. Elle est invoquée pour justifier des discours appelant au meurtre et à l’exclusion. Alors que la religion devrait, aujourd’hui plus qu’hier, montrer le chemin de l’ouverture et de la rencontre dans l’amour.

 

Haine de l’autre, haine de soi

Dans le Pentateuque (Lévitique 18:18) il est dit: Tu ne te vengeras pas et ne sera pas rancunier, et tu aimeras ton prochain comme pour toi, c’est-à-dire comme tu t’aimes toi-même. Le refus de la vengeance et de la rancune semble donc être la condition sine qua non pour que l’amour envers l’autre puisse s’exprimer. Et si cet amour pour l’autre s’exprime, c’est que l’on a de l’amour pour soi. Ou pour le dire selon une autre suite logique et en accord avec ce verset biblique: avoir de l’amour pour soi permet d’avoir de l’amour pour l’autre, puis de ne pas appeler à la vengeance ni à la rancune. Doit-on conclure que ceux qui haïssent n’ont aucun sentiment d’amour pour eux-mêmes? C’est ce que ce verset nous invite à penser. Ces assassinats seraient donc la marque de la haine de l’autre et de la haine de soi.

Triste monde où l’amour de soi tend à disparaître et, avec lui, l’amour pour l’autre. Triste monde où la possibilité d’une société apaisée et ouverte à l’autre s’estompe et où chacun s’arc-boute sur son petit univers. Triste monde ou on nie l’identité de l’autre et, par là même, on sclérose la sienne, alors que l’identité peut devenir un pont vers l’autre dans le respect de chacun, comme dans celui des usages et du vivre ensemble.

Dans les Dix Paroles, fruit de la révélation divine sur le Mont Sinaï, il est dit: Tu n’assassineras pas (Exode 20:14) et Maïmonide (XIIème siècle) affirme que toute être est un monde à lui seul (Hilkhot Sanhédrin 12:7). Ces mondes disparus suite à la violence et à la haine ne réapparaîtront pas. Dans notre monde, ils sont perdus à jamais. Essayons au moins de préserver les autres.

 

Signataires de ce texte: rabbins François Garaï de la Communauté israélite libérale de Genève, Itzhak Dayan de la Communauté israélite de Genève et Mendel Pevzner de Beith-Habad Genève

 

 

Source: letemps.ch, 8 juillet 2014

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