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2015

Das Reich: le documentaire qui passe mal

Certains historiens et incorporés de force ont été « choqués » par le reportage sur la division Das Reich, diffusé le 2 mars sur France 3.

 

« Au reportage (...), il manquait deux choses : la rigueur et le recul ». Cette introduction d’une lettre ouverte de l’historienne Marie-Laure de Cazotte et publiée sur un site consacré à l’incorporation de force (*) donne le ton du courrier à charge contre ce documentaire signé Michaël Prazan et vu par 2,6 millions de téléspectateurs.  Elle regrette les « approximations » voire « les erreurs » contenues dans ce reportage qu’elle qualifie de « drame moral et scientifique ». Sur le fond, elle déplore le contresens majeur de ce travail : « M. Prazan affirme que les Alsaciens étaient majoritaires dans la division Das Reich. C’est du vandalisme à l’échelle de 130 000 mémoires ! »

Au début du reportage, qui chronique les exactions de la division Das Reich de juin 1944 à mai 1945 (les massacres de Tulle et Oradour notamment), le réalisateur indique en effet que « le gros des troupes est composé d’Alsaciens ». Plus tard dans le documentaire, il enfonce le clou : « En 1944, ce ne sont pas moins de 6 000 Alsaciens qui ont été enrôlés dans la division Das Reich ».

Des chiffres largement surestimés, note l’historien Nicolas Mengus. « Sur les 4 000 Alsaciens de la classe 26, 2 000 ont été intégrés dans la Waffen SS dont 800 au sein de la division Das Reich », souligne-t-il. « Dans les faits, la présence des incorporés des régions annexées, qu’ils soient Alsaciens, Mosellans ou Luxembourgeois, était soumise à un quota défini par le maréchal Keitel, commandant suprême des forces allemandes », écrit Mme de Cazotte. « Le 19 mars 1943, il a donné pour instruction aux officiers de limiter la présence des incorporés à 5 % pour les unités de combat. »

« C’est du vandalisme à l’échelle de 130 000 mémoires ! »

Michaël Prazan a, par ailleurs, exploité le témoignage d’un incorporé, Elimar Schneider, aujourd’hui décédé, sorte de fil conducteur du reportage. Un choix critiqué par les deux historiens. « On peut regretter qu’il n’y ait pas eu de panachage avec d’autres incorporés dans la division Das Reich », pense Nicolas Mengus. Le documentaire se termine par ces mots : « Convaincu d’avoir sauvé un homme de la pendaison, Schneider n’a pas été inculpé au procès de Tulle. Parce qu’il n’était pas présent à Oradour lors du massacre, son cas ne fut jamais jugé.

Pourtant, son engagement dans la SS n’était pas exempt d’ambiguïté. En 1982, il n’exprimait aucun regret : “Je ne suis pas d’accord lorsqu’on déclare toujours que les Waffen SS étaient des meurtriers. Il y a une question d’honneur qui joue là-dedans. Ce qui j’ai vu faire par la résistance rouge du Limousin ne m’incitait pas du tout à devenir déserteur. Je suis resté dans la troupe pour éviter de devenir un meurtrier” ». Au final, estime Nicolas Mengus, « on peut avoir l’impression que la division Das Reich était une division d’Alsaciens et de criminels alsaciens ».

« En aucun cas, je n’ai voulu porter préjudice aux Alsaciens et je suis d’ailleurs surpris par l’ampleur des protestations », répond Michaël Prazan. Le réalisateur reconnaît les erreurs sur les chiffres. « Oui, ils sont trop importants et je vais tenter de reprendre ces passages avant la diffusion sur Arte, pour l’instant prévue le 21 avril. » Ce ne sera pas le cas pour la rediffusion sur France 3, le 28 mars en pleine nuit (3 h 30).

Le documentariste assume, par ailleurs, le choix d’Elimar Schneider comme témoin posthume de cette division SS, tout en ayant précisé qu’il n’était pas volontaire mais bien incorporé de force. « Il est devenu la mémoire française de la division Das Reich qu’il n’a eu de cesse de chercher à réhabiliter », écrit-il en réponse à la réaction de Mme de Cazotte (*).

(*) http://www.malgre-nous.eu

 

 

 

Source:dna.fr, 11 mars 2015

CICAD en action

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