Apr

30

2008

Réconciliation définitive» entre la Suisse et le Congrès juif mondial

Pascal Couchepin a rencontré le président du Congrès juif mondial Ronald Lauder, mercredi, à Berne. Ils ont parlé de la «réconciliation définitive» entre l'organisation et la Suisse après les tensions nées des fonds en déshérence.

 

«La rencontre amicale entre le président de la Confédération et Ronald Lauder a rétabli de façon définitive des liens d'amitié et de coopération entre le CJM et la Suisse», a déclaré Alfred Donath, président sortant de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Ce dernier était présent lors de l'entretien.
sur ce sujet.

 

L'affaire des fonds en déshérence, dans les années 1990, avait été marquée par des attaques souvent féroces contre les banques suisses, mais aussi contre la Suisse. En 1998, l'UBS et le Credit Suisse, accusés de ne pas avoir rendu l'argent des personnes ayant ouvert des comptes sur la période 1933-45, avaient débloqué 1,25 milliard de dollars en vertu d'un accord global avec les organisations juives.

 

Selon Alfred Donath, le président du CJM rejette les «méthodes policières» des anciens responsables de l'organisation faîtière. L'ancien secrétaire général du CJM, Israël Singer avait mis la neutralité suisse durant la Seconde Guerre mondiale sur le même plan que la «complicité» de l'Autriche ou que la «collaboration» en France.

 

Ronald Lauder «se voit en tant qu'ambassadeur des juifs, sans influence politique dans les pays qu'il visite», a relevé Alfred Donath. Héritier du groupe de cosmétiques new-yorkais Estée Lauder et ancien diplomate, Ronald Lauder a été nommé à la tête du CJM en 2007. Il s'agissait de la première rencontre entre un haut responsable de l'organisation et un membre du Conseil fédéral depuis l'affaire des fonds en déshérence, a confirmé Jean-Marc Crevoisier, porte-parole de Pascal Couchepin.

 

Ronald Lauder avait été invité par la FSCI peu après sa nomination. Selon Jean-Marc Crevoisier, la visite de courtoisie de Ronald Lauder auprès de Pascal Couchepin a permis un «échange positif». De nombreuses questions ont été évoquées, a-t-il indiqué, refusant toutefois d'entrer dans le détail.

 

Ces déclarations de mercredi tranchent avec les précédentes réactions de M. Lauder. Il avait ainsi sévèrement critiqué le voyage de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey à Téhéran, à la mi-mars, à l'occasion de la signature d'un contrat gazier entre l'entreprise zurichoise EGL et les autorités iraniennes.

 

Ce déplacement de la cheffe de la diplomatie suisse a constitué un «triomphe pour la propagande des mollahs», avait écrit M. Lauder. Mme Calmy-Rey «a bradé la crédibilité de son pays pour 5,5 milliards de mètres cubes de gaz», avait-il ajouté. Lors d'un point de presse mardi à Berne, Ronald Lauder était revenu à la charge.

 

Selon Alfred Donath, le contrat gazier et la présence de Micheline Calmy-Rey à Téhéran n'ont «pratiquement pas» été évoqués lors de l'entretien mercredi entre Pascal Couchepin et Ronald Lauder. «Nous n'avons plus parlé du passé, sinon qu'il est oublié», a résumé Alfred Donath, relevant que le président du CJM avait fait l'éloge de la Suisse pour son engagement dans le domaine humanitaire et des droits de l'homme.

 

Président de la FSCI au moment de l'affaire des fonds en déshérence, Rolf Bloch se réjouit de cette évolution. Ronald Lauder veut «intensifier les relations avec les juifs de Suisse et avoir de bons rapports avec la Confédération», a-t-il estimé, ajoutant toutefois que l'intervention du CJM à l'époque avait contribué à trouver une solution.

 

Plus tard, interviewé lors de l'émission Forums du 30 avril, sur la Radio Suisse romande, Pascal Couchepin a confirmé que l'affaire des fonds en déshérence appartenait au passé.

 

Interrogé lors de la même émission sur les relations entre les Juifs de Suisse et le Congrès juif mondial, Philippe Grumbach, président de la CICAD, déclarait ce qui suit: « [...] Nous, Juifs de Suisse, avons condamné de manière très vive le voyage de Micheline Calmy-Rey en Iran, pour des raisons évidentes ; mais nous avons aussi dénoncé ce qu’il est convenu d’appeler l’ingérence des organisations juives américaines. Je crois que nous sommes assez grands pour nous défendre tout seuls ; premièrement, la Suisse est un pays souverain et nous, citoyens suisses de confession juive, si nous avons quelque chose à dire, nous sommes assez grands pour le faire vis-à-vis du Conseil fédéral et nous n’avons pas besoin des conseils des organisations juives américaines. […] Nous vivons en Suisse, nous sommes des citoyens suisses à part entière et, je le répète, nous n’avons pas besoin de ces ingérences outre-Atlantique qui ne font qu’attiser les flambées d’antisémitisme […]

 

Sources: ATS, tsr.ch, RSR - mercredi 30 avril 2008

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