Jun

27

2008

A Genève, la fumée qui fait déraper

La fumée ne se contente pas de tuer. Elle rend aveugle. Du moins à Genève où la toute prochaine entrée en vigueur de l'interdiction de fumer dans les lieux publics pousse les défenseurs du tabac dans les bas-fonds de l'argumentation.

 

L'hebdomadaire gratuit Genève Home Informations (GHI) ne craint pas le pire dérapage en allant jusqu'à tirer une comparaison entre la loi qui entrera en vigueur mardi prochain et les méthodes du régime hitlérien. «Genève, 70 ans après les nazis», titre le tous-ménages, qui illustre sa une avec un mégot écrasé et portant, tel un bras revêtu de la chemise brune, le brassard à croix gammée. «Notre objectif est de montrer qu'il y a 70 ans déjà la barbarie nazie accouchait de lois destinées à bannir la fumée sur fond de lutte contre le cancer, d'efficacité économique et d'hygiénisme obsessionnel», écrit le rédacteur en chef Charles-André Aymon.

 

A l'intérieur, un article «historique» évoque les diverses campagnes du régime nazi contre la fumée, tout en se gardant prudemment de pousser plus avant la comparaison entre la Genève actuelle et l'Allemagne des années 30.

 

Cette grossière banalisation du régime nazi et de ses crimes provoque un dégoût mêlé d'effarement. GHI est certes connu pour sa ligne populiste mais de là à un tel amalgame! Des partis politiques ainsi que la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (Cicad) vont protester auprès de la publication.

 

Les moins surpris sont probablement les militants contre la fumée passive, auxquels le peuple genevois a donné raison le 24 février dernier avec une majorité écrasante de 79,2% des voix. Depuis le temps qu'ils mènent leur combat, ils ont constaté que la référence au nazisme avait été utilisée pour la première fois aux Etats-Unis il y a une vingtaine d'années et qu'elle réapparaissait périodiquement dans le répertoire du lobby du tabac.

 

L'irruption de la croix gammée n'est pas le premier excès dans cette affaire genevoise. Des avocats aussi éminents que Marc Bonnant et Dominique Warluzel n'ont pas craint de s'afficher en hérauts de la volute, clamant avec suffisance qu'ils continueront quoi qu'il arrive de fumer au restaurant. Comme si ces stars du barreau se croyaient au-dessus de la loi, comme s'il y avait dans cette cause un autre enjeu à défendre que celui de la santé publique. Le baroud d'honneur de ceux qui ont perdu la bataille, peut-être. A coup sûr, une façon de défendre la liberté qui servira de repoussoir.

 

Source: Yelmarc Roulet, Le Temps - vendredi 27 juin 2008

 

Voir la lettre adressée par la CICAD à la rédaction du GHI

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