Sep

20

2007

Des auteurs juifs réécrivent l'histoire des juifs

Si un lecteur feuillette le livre «La souffrance comme identité» et s’arrête par hasard à la page 207, il risque de sursauter en découvrant le mot «holocaustmania». Puis, un peu surpris, il lira qu’il «est temps de cesser de penser que l’Holocauste est le seul événement fondateur de l’histoire des juifs et qu’être juif se résume à se considérer comme victime des non-juifs».

 

Un lecteur peu averti se demandera, peut-être, s’il n’est pas tombé sur un écrivain d’extrême droite, ou pire, négationniste. Grave erreur, Esther Benbassa, l’auteur de «La souffrance comme identité», est titulaire d’une chaire d’histoire du judaïsme moderne. Elle est directrice d’Etudes à l’Ecole pratique des hautes études à Paris.

 

En 2006, elle a reçu le prix Françoise Seligmann contre le racisme, l’injustice et l’intolérance. Et dans cet essai brillant, Esther Benbassa part en guerre contre «l’histoire lacrymale juive».

 

Selon elle, l’histoire des juifs ne se résume absolument pas à une histoire de malheurs. «Même s’ils ont souffert d’incapacités et de mépris, les juifs formaient une minorité relativement privilégiée là où ils étaient tolérés», assure-t-elle.

 

L’historienne ne décrit pas, bien évidemment, une vallée de miel et des ciels sans nuages. Elle ne nie pas les ghettos, les conversions forcées, les massacres. Toutefois «la condition des juifs resta longtemps plus enviable que celle des serfs, ne serait-ce que par la relative mobilité dont ils jouissaient, pouvant aller d’un seigneur à l’autre». De plus, n’étant pas astreints au service militaire, les juifs n’ont pas été décimés par les guerres.

 

En d’autres termes, la vie était difficile pour tous, juifs, comme non-juifs. «Quel peuple a le droit de dire que sa souffrance est unique, en sous-entendant qu’elle est en quelque sorte moralement supérieure?», interroge la directrice d’Etudes à l’Ecole pratique des hautes études.

 

Pour Esther Benbassa, les juifs doivent cesser de croire que tout le monde leur en veut. «J’appelle à l’oubli, pas à l’amnésie. Les juifs doivent regarder l’avenir avec un peu plus de sérénité», conclut-elle. «La souffrance comme identité» lui a demandé cinq ans de recherches.

 

«Les nouveaux désinformateurs», de l’avocat Guillaume Weill-Raynal, apparaît davantage comme un cri du cœur. Un livre que la presse parisienne a tenté d’étouffer, d’autant qu’il arrive après son premier essai, tout aussi dérangeant, intitulé : «Une haine imaginaire? Contre-enquête sur le nouvel antisémitisme».

 

Ni François Garaï, Rabbin de la Communauté Israélite Libérale de Genève, ni Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD n’ont lu les deux ouvrages. Ils ne portent donc pas de jugements sur ces écrits, mais laissent clairement entendre ne pas partager les opinions de leurs auteurs.

 

«J’appartiens à une génération dont les parents ont connu la Shoah, une atrocité qui a dépassé les limites de l’entendement humain. J’ai donc une réaction forcément subjective sur ce sujet», souligne François Garaï, ajoutant que selon sa perception, l’antisémitisme ne connaît pas réellement de baisse.

 

De son côté Johanne Gurfinkiel estime que les deux auteurs, Esther Benbassa et Guillaume Weill-Raynal, ont «une méconnaissance des véritables situations». «Je ne me répète pas tous les matins que les juifs sont les plus malheureux. Mais grâce à un réseau d’alertes, je participe à un combat citoyen et j’essaye de proposer de véritables solutions», souligne le Secrétaire général de la CICAD.

 

GHI - jeudi 20 septembre 2007

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