Jan

19

2011

«Nous ne pourrions pas imaginer que l’école obligatoire évacue les résultats des travaux de la commission Bergier», Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD

L'UDC s'attaque à l'enseignement «trop gauchiste» de l'histoire suisse. Les travaux de la commission Bergier visés. L'Hebdo y consacre un dossier.

 

L'UDC s'attaque à l'enseignement «trop gauchiste» de l'histoire suisse. Les travaux de la commission Bergier visés.

Cacher cette histoire honteuse que nous ne saurions étudier dans nos écoles publiques… Cacher ces milliers de réfugiés juifs refoulés, ces biens pillés vendus en Suisse, ces convois allemands de charbon qui traversaient nos Alpes, ces armes suisses livrées à la Wehrmacht, cette collaboration économico-financière... Tel est le credo du nouveau programme scolaire que l’Union démocratique du centre (UDC) a présenté en novembre 2010 en réaction aux plans d’études romands et alémaniques pour l’enseignement obligatoire.

 

«Pas question de continuer avec la réécriture gauchiste de l’histoire à l’école», a tonné à cette occasion Franziskus Graber. Et en «mauvais exemple», cet enseignant thurgovien, l’une des chevilles ouvrières du programme scolaire de l’UDC, a notamment cité l’enseignement des travaux de la commission dirigée par l’historien Jean-François Bergier dont la mission était de faire la lumière sur les compromissions suisses envers l’Axe.

 

«Révisionnisme». Cette nouvelle attaque de l’UDC contre le rapport Bergier ne laisse pas indifférents les historiens, notamment romands. Comme beaucoup, Hans-Ulrich Jost n’y voit qu’une énième tentative de «révisionnisme» de notre histoire nationale. Charles Heimberg abonde. «La position de l’UDC est purement idéologique», souligne ce chercheur qui est également didacticien de l’histoire à l’Université de Genève.

 

«Le tampon “J” exigé par les Suisses dès 1938 sur les passeports des Juifs allemands ou leurs refoulements à la frontière qui n’étaient de loin pas indispensables sont des faits dûment établis. Si l’histoire se doit d’être nuancée, les faits sont les faits. Nous ne devons donc pas laisser l’UDC nous imposer leur occultation, abolir la critique historique et empêcher sa transmission. C’est là un impératif démocratique.»

 

D’autant que la commission Bergier n’a jamais prétendu «avoir rédigé une oeuvre définitive et exhaustive», se défend Marc Perrenoud, ancien conseiller scientifique de ladite commission. «Au contraire, elle a préconisé un large débat sur des faits complexes auparavant inédits ou méconnus. C’est cette discussion ouverte sur des faits attestés qui est refusée.»

 

« L’Histoire, qu’elle soit héroïque ou non, doit être enseignée telle qu’elle a été et pas telle qu’on souhaiterait qu’elle fût » Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD

La CICAD a écrit à l’UDC. Quant à la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), elle a écrit le 21 décembre 2010 à Claude-Alain Voiblet, coordinateur romand de l’UDC, pour obtenir quelques éclaircissements sur le nouveau programme scolaire du parti gouvernemental.

«Nous ne pourrions pas imaginer que l’école obligatoire évacue les résultats des travaux de la commission Bergier», explique Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD qui met gratuitement à disposition des écoles du matériel didactique sur le génocide des Juifs. «Ils sont pourtant essentiels pour comprendre la Suisse d’aujourd’hui. Il faut reconnaître que notre pays n’a pas toujours été exemplaire. Il faut l’accepter et le comprendre.»

 

Tout comme il faut comprendre que la Suisse a compté son lot de Justes, ces femmes et ces hommes qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie. «L’histoire qu’elle soit héroïque ou non, doit être enseignée telle qu’elle a été et pas telle qu’on souhaiterait qu’elle fût», conclut sagement Johanne Gurfinkiel.

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Dans la peau d'un réfugié qui tente de passer la frontière.

L’histoire se lit bien sûr, se voit, s’écoute. Et parfois, elle se vit... à la force du mollet. C’est en tout cas ce que propose Claire Luchetta-Rentchnik dans Faisons parler la frontière! 1939-1945, une douzaine de sorties scolaires sur les pas des milliers de réfugiés qui ont tenté de traverser la frontière franco-suisse pour rejoindre le havre de paix qu’était la Confédération. Parmi eux, plus de 11 000 Juifs qui réussiront à passer alors que 884 d’entre eux seront refoulés. Sur ce nombre, 117 au moins mourront dans les camps ou sous les balles des nazis, estime l’historienne Ruth Fivaz-Silbermann. C’est aussi pour leur rendre hommage que l’ancienne présidente de la LICRA-Genève a planché sur cette mallette pédagogique permettant de redécouvrir pas à pas des lieux de mémoire qui furent «le théâtre de persécutions, d’internements, de passages de frontière, d’arrestations, de déportations ou d’actes de résistance».

 

Les mallettes «Faisons parler la frontière! 1939-1945» peuvent être commandées auprès du Service genevois Ecoles-médias (sem.documentation(at)edu.ge.ch).

 

Source : Patrick Vallélian, L’Hebdo – Mercredi 19 janvier 2011

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