Sep

28

2015

« L’utilisation de ces camps d’extermination comme lieu d’accueil pour les réfugiés scandalise l’opinion publique. » Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD

Invité à participer à l’émission « Forum » sur les ondes de la RTS, samedi 26 septembre, Johanne Gurfinkiel Secrétaire général de la CICAD a débattu en compagnie d’Etienne François, historien et professeur émérite à l'université libre de Berlin sur la décision de la Ville de Dachau d’utiliser le camp de concentration pour accueillir des réfugiés. Une décision largement relayée dans les medias et qui a fait couler beaucoup d’encre. Derrière la polémique se pose la question pour l'Allemagne de l’utilisation de ces lieux associés à la mémoire du nazisme.

Une décision choquante pour le Secrétaire général de la CICAD, évoquant également un second projet identique au camp de Buchenwald, pour qui il est essentiel d’opérer une distinction entre lieu de mémoire où des dizaines de milliers de personnes ont été exterminées et lieu d’histoire. « La symbolique reste très forte à l’esprit entre l’histoire de toutes ces personnes déportées et exterminées et ces réfugiés hébergés à proximité de ce camp. Une symbolique forte pour toutes ces personnes qui souhaitent sauvegarder ce patrimoine historique qui est également vecteur de mémoire mais aussi de vigilance. Cela entraine une réelle réflexion sur la préservation de ces lieux. Sans oublier la question de  la dignité humaine.» Une décision qui pourrait se résumer uniquement à une opération de communication, pour ce dernier, sans avoir réellement penser à l’accueil et la gestion de l’afflux massif de ces réfugiés. « L’utilisation de ces camps d’extermination, avec toute la portée symbolique qui leur sont associée et la préservation de ce patrimoine de l’histoire, scandalise et heurte beaucoup de gens..»

Pour Etienne François, l’aspect pratique l’a emporté sur l’aspect mémoriel. « On estime à un million d’étranger qui vont venir en Allemagne dans les prochaines années, il faut bien les loger quelque part. Pour l’Allemagne, il s’agit prioritairement d’accueillir avec dignité ces personnes persécutées et qui viennent chercher l’asile…L’aspect mémoriel n’est pas absent. Les bâtiments concernés sont à l’écart du camp et étaient complétement à l’abandon. Cela fait seulement quelques années que leur réaménagement a été évoqué pour en faire un lieu d’exposition  et ainsi agrandir l’espace du mémorial du camp de concentration de Dachau.»

Autre cas évoqué, la rénovation souhaitée par la Ville de Nuremberg du palais des congrès qui autrefois a accueilli les grandes cérémonies nazies. Une proposition d’embellissement du bâtiment qui là encore pose un problème. La ville ne souhaitant pas être accusée de glorification du Nazisme. « Il y a là une particularité allemande pour l’ensemble de ces lieux d’histoire et de mémoire. Chaque centimètre carré à Berlin est chargé d’histoire et de mémoire. Je comprends qu’en Allemagne cette question se pose systématiquement. Peut-on cependant dénaturer un lieu d’histoire ? De plus, sans lien direct avec la mémoire? Si l’on prend l’exemple du Château de Versailles, maintes fois utilisé pour des expositions, on ne va pas le dénaturer pour autant, cela reste un lieu porteur d’histoire.»

Un point de vue partagé par l’historien pour qui le débat est systématique en Allemagne dès que l’on  évoque un lieu hérité du nazisme. « Cela scandalise l’opinion allemande et aujourd’hui plus que jamais. Au-delà de leur dimension fonctionnelle, ces bâtiments ont une dimension symbolique. Dès que l’on souhaite les réutiliser il y a aussitôt débat. Je suis entièrement d’accord avec ce que disait Johanne Gurfinkiel, l’opinion publique allemande est extrêmement sensibilisée  et en alerte à ces questions. »

L’intégralité de l’émission est disponible ici

Source : CICAD, 28 septembre 2015

CICAD en action

  • Plus de 20 ans d’actions

    La CICAD se préoccupe des menaces qui pèsent sur les Communautés juives. Prévenir, conseiller et agir : 3 mots d’ordre contre un même fléau.