Le mythe de la double allégeance : le Juif infidèle

Les Juifs sont-ils loyaux envers le pays dont ils sont citoyens?

 

Avec les idées de tolérance et d'égalité qui gagnent l'Europe au XIXe siècle, la citoyenneté désormais accordée à chacun implique l'allégeance directe de chaque citoyen à l'Etat républicain, incompatible avec toute identité particulariste. En France, c'est aussi la laïcité qui assure l'intégration des citoyens dans l'Etat.

 

En même temps que s'ouvre aux Juifs l'accès à des fonctions politiques ou sociales, un antisémitisme nouveau se développe, qui voit dans le Juif un vagabond éternel, déraciné et instable. Sa non-appartenance à une patrie ou à un sol fait de lui un traître en puissance indigne de confiance. Pour une partie de la population européenne, les Juifs restent des étrangers, malgré leur intégration à la société environnante.

 

Ces antisémites refusent de voir que les Juifs sont mobilisés et envoyés au front au même titre que les autres citoyens, qu'ils paient des impôts et sont tenus aux mêmes obligations. De plus, les antisémites continuent à se représenter les Juifs comme un bloc homogène affublé de clichés moyen-âgeux. Ils refusent de voir la diversité des Juifs de France, d'Angleterre ou d'Italie, aux origines méditerranéennes ou est-européennes, tantôt religieux, tantôt assimilés, tantôt entre les deux, à l'image des chrétiens dont la pratique religieuse épouse également un éventail très large.

 

De tout temps, les Juifs ont respecté le principe selon lequel "la loi du pays est la loi", et se sont donc pliés aux exigences de la société environnante. Les Juifs sont fidèles à l'Etat dont ils sont les ressortissants. La caractéristique juive fait partie de leur identité, au même titre qu'une autre religion ou qu'une affiliation politique.

 

Depuis la naissance de l'Etat d'Israël, le mythe de la double allégeance a trouvé une nouvelle expression. Il existe certes des liens affectifs naturels entre les Juifs de la Diaspora et Israël : outre la dimension spirituelle et historique, des Juifs estiment que le soutien à des projets sociaux et culturels en Israël est une manifestation de leur identité juive. Cette solidarité n'est pas aveugle et évolue en fonction de la situation politique, économique et sociale. Cette attitude ne change en rien la loyauté des Juifs à leur patrie, la Suisse par exemple. La relation d'un Juif suisse à son héritage juif et à la Suisse peut être comparée à la relation d'un enfant à ses parents : l'enfant aime autant sa mère que son père et reste loyal à tous deux.

 

Aux Etats-Unis, on entend souvent parler de "lobby juif". Dans ce pays, il existe de nombreux groupes d'intérêts qui sont actifs auprès des institutions politiques pour défendre différentes catégories de la population : les personnes âgées (le lobby le plus puissant), l'industrie pharmaceutique, les producteurs de tabac, les minorités. Parmi ces dernières, on trouve des groupes qui représentent les Juifs, comme d'autres représentent les Noirs, les femmes ou les homosexuels. Chacun essaie de s'allier des politiciens favorables à sa cause.

 

Au Etats-Unis subsiste aussi le mythe du "vote juif". Les Juifs n'ont aucun poids démographique à l'échelle nationale (3 % de la population américaine), mais dans certaines élections municipales, la concentration de leurs voix peut faire une différence dans les urnes, au même titre que dans les circonscriptions où tel ou tel groupe ethnique prédomine.

 

En Suisse, les Juifs sont peu actifs dans la vie politique à l'échelle nationale (un seul Juif au Conseil national, le parlement). En revanche, l'un des membres du Conseil Fédéral (gouvernement), Ruth Dreyfuss, devrait être présidente de la Confédération suisse en 1999. La Suisse sera l'un des premiers pays au monde à avoir un président de confession juive. Notons que la population juive de Suisse s'élève à 18 000 âmes, soit 0,25 %.

 

 


Pierre BIRNBAUM : Un Mythe politique : la "république juive", Paris, Gallimard (tel), 1988.
J. J. GOLDBERG : Jewish Power, New York, Addison Wesley, 1996.

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