L'antisémitisme en URSS et en ex-URSS : le judaïsme réprimé

La prise du pouvoir par les Bolcheviques en 1917 a donné lieu à de grandes campagnes en faveur de l'athéisme dans les années 20 : l'hébreu, considéré comme langue "contre-révolutionnaire", est mis hors-la-loi, les synagogues fermées, les mouvements politiques juifs interdits et la culture juive étouffée.

 

En s'éloignant de leurs origines, plusieurs Juifs arrivent tout de même à intégrer l'appareil du Parti communiste (Trotsky, Zinoviev,…). De 1930 à 1939, c'est un Juif qui est en charge de la politique étrangère soviétique, avant d'être relevé de ses fonctions à la signature du pacte germano-soviétique de non-agression.

 

En 1947, les autorités empêchent la sortie du Livre noir, un recueil de témoignages sur les atrocités perpétrées par les nazis contre les Juifs, rédigé à la demande du comité antifasciste juif d'Union soviétique. Les membres de ce comité seront accusés de "cosmopolitisme" et emprisonnés en 1948.

 

En 1952 éclate "le complot des blouses blanches" : la police secrète accuse des chercheurs juifs d'avoir ourdi une conjuration pour éliminer les chefs du parti communiste. C'est dans ce climat que les membres du comité antifasciste sont jugés et condamnés à mort. S'ensuit une vague d'élimination des intellectuels juifs : près de 450 sont tués, accusés d'être complices du " sionisme international ". L'antisémitisme, théoriquement prohibé, n'est dans la pratique ni poursuivi ni combattu. Il est même utilisé comme arme politique pendant la guerre froide : Staline se sert des Juifs comme boucs émissaires, en les accusant d'être des agents au service de l'impérialisme occidental. Dans les années 60, l'alliance militaire entre l'Union soviétique et les pays arabes se renforce, dans une stratégie "anti-impérialiste" englobant les pays du Tiers-Monde. L'antisémitisme se dissimule alors derrière un antisionisme* virulent : à cette époque, les Juifs sont exclus de l'administration, de l'armée, du Parti, des quotas leur barrent la route de l'université et ils sont moins présents dans les professions scientifiques et intellectuelles. On met en doute leur loyauté envers l'Etat en invoquant leurs liens avec Israël et les Etats-Unis.

 

La guerre des Six Jours, qui voit la défaite des armées arabes équipées par l'URSS, donne lieu à une campagne officielle contre les Juifs : le judaïsme est présenté comme une religion criminelle, raciste et haineuse, et les Juifs comme des comploteurs cherchant à dominer le monde. Les livres antisémites fleurissent - parmi lesquels les Protocoles des Sages de Sion* - et les parodies de procès se succèdent jusque dans les années 80. Les termes "sioniste" et " juif " sont interchangeables dans la propagande massive qui circule. Les Juifs sont aussi tenus responsables du manque de cohésion de la société russe, des échecs économiques et militaires, de la chute du tsarisme, de la cruauté de la Révolution russe, des camps du Goulag et de la terreur stalinienne. On les interne dans des camps en Sibérie, on interdit l'étude de l'hébreu et la pratique du judaïsme, on les empêche d'émigrer (ceux à qui l'on refuse un visa de sortie prennent alors le nom de "refuzniks", comme Ida Nudel ou Nathan Shtaransky).

 

A la fin des années 80, à mesure que le communisme se désintègre, l'antisémitisme croît : les écrits antisémites de la presse officielle se multiplient, les mouvements d'extrême-droite comme le Pamiat prennent de l'ampleur. La chute du communisme voit se renforcer les alliances entre communistes et fascistes, les théories racistes sont diffusées à grande échelle, les journaux antisémites se vendent ouvertement. Depuis 1989, plus d'un million de Juifs ont quitté l'ex-URSS, dont 800 000 à destination d'Israël.

 

 

Ilya EHRENBOURG et Vassili GROSSMAN : Le Livre noir, Paris, Actes Sud/Solin, 1995.
L. KOCHAN (éd.): Les Juifs en Union soviétique depuis 1917, Paris, Calmann-Lévy, 1971.
Elie WIESEL : Les Juifs du silence, Paris, Seuil (points), 1966.

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